De
nombreux Canadiens et Canadiennes disent qu'ils préféreraient mourir à
domicile, dans un environnement familier et confortable. Par contre, la
majorité d'entre nous ignore en quoi cela consiste. L'objectif de cet article
est de présenter les défis et les avantages d'un décès à domicile, pour que le
patient et les soignants sachent mieux à quoi s'attendre.
Existe-t-il un endroit « idéal » où mourir?
Il peut
être difficile de déterminer l’endroit où prodiguer des soins, et il se peut
que vous changiez d’avis selon les circonstances. En réalité, il n’y a pas de «
bonne » réponse. Ce qui importe en fin de compte, c'est que le patient se sente
à l’aise et que vous vous prévaliez du soutien dont vous avez besoin. Si vous
êtes ouvert à l’idée, cela peut éliminer des sentiments de culpabilité ou de
regret la situation change. Le patient hésite parfois à changer d'idée par
crainte qu’il ne respecte pas son propre plan ou celui de sa famille. Vous
pouvez choisir de :
- rester à domicile le plus
longtemps possible;
- discuter de vos soins avec
les membres de l'équipe de santé.
Le
patient choisit habituellement de mourir à domicile parce qu'il se trouve parmi les
siens dans un milieu qui lui est familier. Avec l’aide des services de soins de
santé locaux, tels que le programme de soins palliatifs avec soins à domicile,
l'expérience peut être enrichissante pour les familles. Cependant, lorsque la
fin approche, les proches se sentent parfois dépassées par tous les soins à
donner et trouvent qu'il leur reste peu de temps pour parler avec le
patient ou simplement pour être à son chevet. Dans un tel cas, il serait peut-être
bon de créer un environnement domiciliaire dans un établissement de soins de
santé.
Vous
pouvez créer une ambiance inspirée de la vie du patient à n'importe quel
endroit. Vous pourriez par exemple décorer une chambre d'hôpital en y ajoutant
des photos, y faire jouer de la musique ou y placer un objet personnel du
patient, qui ne rappelleraient pas un établissement de soins de santé. Pour
certaines familles, se libérer des principales responsabilités de soins au
patient peut leur permettre de passer du temps de qualité ensemble. Il est plus
important de créer cette ambiance du foyer que d'être véritablement chez soi.
Cependant, pour d'autres personnes, il y a un sentiment du devoir accompli à
s'occuper du patient à la maison.
Facteurs à envisager
Si vous
songez au décès à domicile pour vous-mêmes ou un membre de votre famille, il y
a certains éléments essentiels à respecter :
- le patient et la famille
sont d'accord sur le principe du décès à domicile;
- plus d'une personne peut
donner les soins;
- du personnel médical
qualifié est disponible en tout temps.
Il reste
ensuite le côté pratique à envisager :
- La famille a-t-elle le
matériel nécessaire pour permettre un décès à domicile? Par exemple, le
domicile est-il accessible en fauteuil roulant? Y a-t-il une chambre au
rez-de-chaussée? Les soignants naturels peuvent-ils prendre congé de leur
travail ou peuvent-ils obtenir des prestations sociales pour devenir
soignants naturels?
- Le patient peut-il accomplir
certaines tâches seul (s'asseoir sur la toilette ou tenir une cuiller pour
manger) ou a-t-il besoin d'aide pour se nourrir?
- Si le patient souffre de
symptômes physiques (par exemple, douleur ou difficulté à respirer), le
soignant a-t-il les ressources et les consignes nécessaires pour assurer
le confort du patient?
- Y a-t-il suffisamment de
place au domicile pour les appareils médicaux nécessaires aux soins?
- La famille accepte-t-elle la
présence d’aides-soignants à domicile (personnel de foyers pour aînés,
infirmières en soins palliatifs, médecins, etc.)?
Voir
aussi : Prestations aux soignants et aux survivants
Communication ouverte
Dans un
contexte de soins à domicile, il est primordial de maintenir une bonne
communication entre les membres de la famille. En veillant à ce que chacun
comprenne bien ses rôles et responsabilités mutuelles, on évitera les
sentiments de rejet et de colère. Si possible, parlez ouvertement de vos
sentiments face à vos expériences, car vous vivrez des émotions de toutes
sortes. Parler avec des personnes de confiance pourrait vous aider à chasser le
sentiment d’isolement et vous attirer des gens qui voudront vous aider.
Une
communication ouverte et honnête avec l’équipe de soins de santé est aussi
utile. N'oubliez pas que les fournisseurs de soins de santé seront à l'affût de
signes de votre part sur la quantité d’information que vous êtes prêt à
recevoir. Il se pourrait que vous ayez besoin de signaler à l'équipe de soins
de santé que vous êtes prêt à recevoir plus de détails.
L'appui de votre communauté
Il est
important de vous assurer du soutien de fournisseurs de soins de santé qui sont
à la fois facilement accessibles et sensibles à vos préoccupations. Votre
équipe de soins de santé peut vous aider à développer un plan de soins à
domicile et vous indiquer les ressources dont vous avez besoin immédiatement et
celles qu'il vous faudra plus tard. Elle pourra également vous mettre en
contact avec d'autres réseaux de soutien de votre communauté.
Les
membres de votre réseau de soutien seront, par exemple :
- du personnel infirmier ou
des médecins qui travaillent aux soins palliatifs locaux ou régionaux;
même si les programmes de votre communauté n'offrent pas de visites à
domicile, du personnel peut offrir des services téléphoniques; ces
programmes sont souvent gérés par les hôpitaux;
- des médecins de famille ou
des infirmières praticiennes qui acceptent de faire des visites à
domicile;
- des infirmières offrant des
soins à domicile, qui vous aideront à gérer les symptômes en vous rendant
visite périodiquement, en évaluant votre état de santé et en coordonnant
les soins avec les autres membres de l'équipe de soins;
- des aides-soignants de
programmes de soins à domicile, qui donnent un coup de main à l'heure du
bain, à la préparation de repas légers et au ménage;
- du personnel de relève qui
offre des soins pendant plusieurs heures ou plusieurs jours;
- des bénévoles en soins
palliatifs qui peuvent vous rendre visite, vous offrir du soutien et
atténuer votre sentiment d’isolement.
Les
programmes de soins à domicile offrent en outre des fauteuils roulants,
marchettes, sièges de bain, barres de soutien pour la douche et lits d'hôpitaux
pour aider la famille à assurer la sécurité des patients.
N’oubliez
pas que vous êtes un membre important de votre équipe de soins de santé. Faites
part de vos observations, questions et préoccupations à vos fournisseurs de
soins de santé pour les aider à cerner les ressources nécessaires à vos soins.
Voir aussi : Que sont les soins palliatifs?
Planification
Les
personnes en phase terminale remarqueront des changements au niveau de leurs
capacités physiques. Selon la progression de leur maladie, elles remarqueront
de nouveaux symptômes ou une détérioration de leur état général. Le fait de
vous préparer à ces changements, en collaboration avec votre équipe de soins de
santé, vous aidera à les accepter quand ils surviendront.
Symptômes communs
Parlez à
votre équipe de soins de santé si les symptômes suivants se présentent :
douleur, essoufflement, confusion, agitation ou sécrétions des voies
respiratoires. Ces symptômes se traitent généralement à domicile, même si le
patient a de la difficulté à avaler ses médicaments.
Changements de régime médicamenteux
L'équipe
de soins de santé peut parfois prévoir certains changements et prescrire un
changement de régime médicamenteux. Le cas échéant, on vous donnera une
nouvelle ordonnance pour que vous soyez prêt lorsque ce changement se produira.
D'autres
facteurs sont à considérer au chapitre des médicaments. Il est possible de
prévoir la plupart des cas et de s'y préparer adéquatement, de manière à éviter
l'hospitalisation :
- Le patient doit-il continuer
à prendre ses médicaments actuels? Les médicaments qui ne sont pas
nécessaires au bien-être du patient (par exemple, les médicaments qui
abaissent le taux de cholestérol) peuvent être cessés.
- Les médicaments actuels
peuvent-ils être dangereux si l'état du patient se détériore? Par exemple,
un médicament qui sert à réduire la glycémie peut être dangereux si le
patient ne mange plus.
- Que faire si des symptômes
se présentent lorsque le patient a de la difficulté à avaler des pilules?
Le médicament peut être pris par d'autres moyens : sous la langue, par
timbre transdermique, par injection sous-cutanée, etc.
Voir aussi : Administrer des médicaments
Urgences
Demandez
à votre équipe de soins de santé qui appeler si vous avez besoin d'aide le
jour, le soir et la fin de semaine : votre aide-soignant, un service
téléphonique de soins palliatifs, un bureau de soins à domicile ou le 911. Ces
informations devraient être bien en évidence, par exemple sur la porte du
frigo.
Périodes de repos
Les
aidants naturels sont souvent appelés à aider le patient à prendre son bain, à
faire sa toilette, à se relever et à se retourner dans son lit. Ce travail
physique peut être épuisant, en particulier si l'aidant est lui-même de santé
fragile. Avoir des proches pour prendre la relève au besoin permet aux aidants
de se reposer. De plus, organiser un horaire qui comprend des périodes de répit
régulières permet à l'aidant de refaire le plein d'énergie.
Voir aussi : Prendre soin de soi-même
Changements physiques
Les
patients qui souffrent d’une maladie terminale sont affaiblis et moins en
mesure de prendre soin d'eux- mêmes. Une marchette, un siège de bain, des
barres de soutien dans la douche ou des toilettes portatives sont des articles
qui permettent au patient de conserver une certaine autonomie lorsqu'il
faiblit. Une analyse du domicile permet de voir si l'endroit peut accueillir
une personne à mobilité réduite : la chambre à coucher est-elle accessible en
fauteuil roulant? le tapis pose-t-il un danger?
Certains
changements physiques ont parfois de grandes répercussions pour le patient ou
la famille, notamment :
- Aide aux toilettes
Plusieurs personnes ne sont pas à l’aise d'aider un membre de la famille à
aller aux toilettes. Si le patient est incapable de se déplacer, une
toilette portative ou un cathéter sont peut-être nécessaires. La plupart
des gens estiment que ces soins n'entraînent pas de perte de dignité du
patient s'ils sont prodigués tout naturellement. - Perte de mobilité à domicile
En
fin de compte, le malade perd sa capacité de se déplacer dans la maison et
se met donc à passer la majeure partie de la journée au lit. Cela peut
être une source de détresse affective pour tous les membres de la famille.
Par ailleurs, la perte de mobilité a pour effet d’alourdir le fardeau des
aidants, qui doivent veiller à ce que le patient soit propre et
confortable au lit, sans pour autant compromettre d’autres tâches
ménagères, comme la cuisine et le lavage. Une bonne planification vous
permettra de prévoir des gens qui pourront exercer de nouvelles tâches
lorsque le patient sera alité. - Refus de manger ou de boire
En
phase terminale, le refus de boire ou de manger du patient préoccupe
beaucoup les familles. Le patient peut se sentir bien sans prendre les
liquides prescrits. Cependant, la situation est troublante pour les
membres de la famille qui ont l'impression de priver le patient d'éléments
essentiels.
Voir aussi : Le manque d'appétit et la perte de poids
- Perte de conscience
Un autre aspect troublant survient lorsque le patient est incapable de
tenir une conversation avec les membres de sa famille ou même de les
reconnaître. Les soignants sont souvent mal à l'aise de donner des
médicaments lorsque le patient ne réagit plus. Ils remarquent aussi des
changements chez le patient (plaintes, grimaces, etc.), mais ne savent pas
quoi faire. Parlez-en avec les aides-soignants pour pouvoir mieux réagir
face à des changements qui s’observent couramment dans les derniers jours
ou les dernières heures de vie.
Voir aussi : Quand la fin est proche
Préparer les documents importants
- Directives en matière de
soins de santé / Directives sur la planification préalable des soins /
Testament biologique
Il
s’agit d’un document qui précise les dernières volontés du patient s'il
devient incapable de les communiquer lui-même. Le patient peut désigner
une personne fondée de pouvoir pour transmettre ses dernières volontés à l'équipe
médicale. Il est préférable de désigner un mandataire qui comprendra les
valeurs et volontés du patient. Ce mandataire doit être en mesure de
prendre des décisions médicales au nom du patient. La préparation de
directives de soins de santé permettra aux familles de discuter des
dernières volontés du patient et servira de guide lorsque viendra le temps
de prendre des décisions importantes.
Voir aussi : Directives en matière de soins de santé
- Lettre en cas de décès
anticipé
Au Canada, certains décès doivent être déclarés, c’est-à-dire que le décès
doit être signalé au bureau de l'examinateur médical provincial ou
territorial. Les circonstances entourant ces décès font par la suite
l'objet d'une enquête par la police ou le bureau du coroner. Selon la
province ou le territoire, il se peut qu'un décès à domicile nécessite une
déclaration. Dans plusieurs instances, il est toutefois possible d'informer
l'examinateur médical d'un décès à domicile à venir, en raison d'une
maladie terminale, avant le moment du décès. Vérifiez auprès de votre
équipe de soins de santé quelles sont les étapes à suivre dans votre
région. En général, le médecin doit rédiger une lettre indiquant le décès
probable et en donner copie au bureau de l'examinateur médical et au salon
funéraire. On évite ainsi la tenue d'une enquête après le décès.
La promesse de rester chez soi
Si vous
avez promis à un membre de votre famille de l’aider à mourir à domicile, vous
pouvez être angoissé à l’idée de ne pas tenir votre promesse face à un fardeau
de plus en plus exigeant et épuisant. Tentez de vous souvenir de l'objectif de
votre promesse. Quel était l’esprit ou l’intention de la promesse? Vous serez
peut-être en mesure de respecter l’esprit de la promesse à l’extérieur du
domicile.
Les
familles ont des sentiments partagés sur le décès à domicile lorsque :
- la personne est inconsciente
et ne peut plus répondre aux membres de la famille;
- il sera difficile pour eux
de vivre dans le domicile suite au décès.
Sentiments partagés lorsque le patient est inconscient
Certains
membres de la famille puisent l’énergie et l’inspiration nécessaires pour
prendre soin d’un patient à domicile de la grande valeur de la communication
avec ce dernier à un moment si important. La perte de conscience du patient
peut causer une baisse d'énergie de la part des soignants. Les familles
trouveront peut-être qu’il est alors temps de remettre à d'autres la responsabilité
des soins primaires.
D'autres
familles croient que la période de tristesse débute lorsque le patient devient
inconscient. Elles se sentent dépassées par les événements et sont prêtes à
placer le patient dans un établissement de soins.
Parfois,
les familles continuent de fournir des soins à domicile au patient même si
elles préféreraient voir le patient à l'hôpital ou dans un autre endroit.
Souvent, le patient demeure à la maison suite à une promesse d'un décès à
domicile. Si tel est le cas, demandez-vous à qui vous rendez service en gardant
le patient à domicile? Si vous ne trouvez pas réponse à cette question, il est
probablement temps de considérer un déménagement du patient, sachant très bien
que vous avez respecté l'esprit de votre promesse.
Sentiments partagés quant à la décision d'habiter la maison suite à un décès
Aux
derniers moments de la vie du patient, certaines personnes sont mal à l’aise à
l’idée que leur proche va mourir chez elles. Les lieux occupés par le patient
évoqueront des souvenirs de sa vie, et les familles peuvent trouver difficile
d’y vivre. Il se peut que vous vous demandiez comment vous arriverez à
reprendre vos activités quotidiennes.
Voir aussi : Rituels pour réconforter les familles
D’autres
facteurs qui rendent difficile la décision de rester à domicile :
- Les soins et l'attention
demandés par le patient sont source de stress pour la famille. Les
conjoints et les enfants peuvent se sentir « oubliés » pendant ce temps.
- Le patient peut devenir
agité ou agressif. S'occuper d’un patient agité pose tout un défi à la
maison. La famille peut avoir l`impression qu'elle a perdu le mourant, car
sa personnalité et sa façon de communiquer ne sont plus ce qu'elles
étaient.
- Ne pas connaître le moment
du décès exige une certaine patience de la famille. C'est un peu comme
faire une course sans savoir où se trouve la ligne d`arrivée.
- Assurer le bien-être du
patient à la fin de sa vie exige de la vigilance, des changements de
médicaments et, parfois, des décisions médicales difficiles.
- Il est possible que le décès
survienne après l’administration de médicaments, car ils sont donnés si
régulièrement. Un décès qui survient après qu’un membre de la famille ait
donné un médicament peut être une expérience traumatisante pour cette
personne. Même si un patient meurt la suite d'une longue maladie, on a
tendance à associer le décès à un geste posé. Les membres de la famille
qui ne connaissent pas les médicaments peuvent penser que le médicament a
contribué au décès, malgré son inévitabilité suite à une longue maladie.
Le soutien apporté par l'équipe de soins de santé peut aider la famille à
gérer ces préoccupations.
Si vous
avez de la difficulté à prendre une décision, imaginez si le patient pouvait
voir ce qui se passe. Si vous croyez que la personne dirait « C’est trop
vous demander, je ne veux plus être un fardeau pour ma famille »,
considérez cela comme la permission de faire ce que vous croyez le mieux pour
votre famille.
Conclusion
L'un des
éléments les plus importants à prendre en considération au moment d'envisager
un décès à domicile est sans doute de s'assurer d'avoir l'appui nécessaire pour
donner des soins de qualité. Vous aurez besoin de l'appui de fournisseurs de
soins de santé ainsi que de proches de votre communauté religieuse et de votre
milieu de travail.
Peu
importe votre décision quant au lieu du décès d'un être cher, souvenez-vous que
d’autres options s’offrent toujours à vous. Ni vous ni l'équipe de soins de
santé ne pouvez prévoir ce qui va se passer. C'est le travail d'équipe qui vous
permettra de faire en sorte que la démarche adoptée vous convienne.
Contenu revu en décembre 2011