Combattre la doléance
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Par:  Fred Nelson


Qu’est-ce que la doléance?

La doléance est une réaction face à une perte.

La doléance est un processus auquel on participe de façon active. Nous devons y porter une attention particulière car elle ne partira pas nécessairement avec le temps.

Chacun a sa façon de vivre la doléance. Personne ne peut nous indiquer de quel type de processus il s’agira ou sa durée. La doléance prendra le temps nécessaire.


Le processus


La doléance comme blessure

Éprouver la mort de quelqu’un qui nous est cher ressemble à une blessure. Si notre amitié est importante et proche, la blessure sera plus sévère.

Afin de se rétablir de cette blessure et de surmonter la doléance, la guérison doit se faire de l’intérieur et ce, de façon graduelle. Ceci nécessite habituellement qu’on garde la blessure ouverte pendant un certain temps, ce qui peut être difficile et douloureux.

Nous essayons parfois de réduire la douleur en couvrant la blessure. Nous essayons d’oublier notre tristesse en tentant de se garder occupé ou d’éviter de se remémorer le défunt. Ce phénomène est normal. Pourtant, éviter de la traiter peut entraîner une infection; il faudra alors rouvrir la plaie. Ce processus peut être douloureux de même que la doléance!

Nous les êtres humains sommes forts et avons la capacité de guérir. Mais tout comme une blessure qui laisse une cicatrice, après la mort d’un ami ou d’un parent, on découvre une cicatrice symbolique. C’est un symbole que nous portons pour toujours car la perte nous a changés éternellement.


La doléance comme des vagues

La doléance se compare à des vagues qui viennent et vont sans cesse. Certains jours, l’eau est agitée et orageuse, tandis que d’autres jours, elle est calme et frappe doucement le rivage. Tout comme les vagues, la doléance semble ne pas avoir de fin. Nous sommes bien capables d’éprouver des sentiments de perte durant de longues années après le décès d’un être cher. Parfois, ces sentiments sont déclenchés au moment d’une date significative ou d’un événement spécial, ou pendant des fêtes. Parfois ces sentiments se produisent lorsque vous entendez une chanson souvenir, une odeur particulière à la personne ou même une pensée.

Bien que nous n’oubliions jamais la perte d’un être cher, nous apprenons néanmoins à vivre avec cette perte. Nos sentiments de douleur ne disparaîtront jamais. Nous ressentirons de moins en moins la douleur avec le temps. Nous intégrons la perte d’un être cher dans notre vie quotidienne. Nous en apprenons plus sur nos sentiments et nos pensées vis-à-vis du décès. Nous parvenons à comprendre nos pensées et sentiments reliés à la perte d’un être cher et nous y trouvons un place à l’intérieur de nous-mêmes. Bien sûr, c’est un procédé subtil. Et, comme il nous est difficile de savoir quand nous sortirons de ce brouillard, nous reprendrons notre énergie émotive pour continuer à vivre.


Les visages multiples de la doléance

La doléance nous assaille de tous les sens. Ainsi, surmonter la doléance exige un investissement énorme d’énergie.

Réaction affective

Au niveau affectif, nous éprouvons plusieurs sentiments dont : la tristesse, la solitude, la peur, le désespoir, la colère, la culpabilité, et même un soulagement. Certains de ses sentiments peuvent être un défi, car nous ne sommes pas familiers avec le niveau d’intensité. D’autre part, nous avons l’impression que nous devrions être plus bouleversés. « Pourquoi est-ce que je ne pleure pas davantage? » Les sentiments peuvent varier de personne en personne; il n’existe pas de bonne ou de mauvaise façon de se sentir. Nous sommes ce que nous sommes.

Réaction intellectuelle

La doléance influe sur notre façon de penser. Parfois nous avons l’impression que nous perdons les pédales, que nous avons des troubles de la mémoire ou de concentration. Nous avons peut-être moins de confiance en notre capacité de réagir à certaines situations. C’est la raison pour laquelle on nous conseille de ne pas prendre de décisions importantes immédiatement après le décès d’un être cher. Il est donc préférable de laisser le temps passer jusqu’à ce que nous soyons plus solides au niveau émotif.

Réaction sociale

Au niveau social, nous pouvons vivre des sentiments contradictoires. D’une part, il se peut que nous cherchions à être seuls; d’autre part, nous voulons parfois être entourés de personnes. Se retrouver seul et dans une maison ou on n’entend que le silence d’une maison vide fait appel à tout un effort d’adaptation. Si vous vivez la perte d’un conjoint, il se peut que vous vous sentiez mal à l’aise à l’idée de vous retrouver parmi des amis de couple….on se sent de trop. Nous pouvons également ressentir le besoin de faire des choses seul sans dépendre des amis ou des membres de famille.

Réaction physique

Nous éprouvons parfois cette doléance au niveau physique. Il n’est pas rare de ressentir une raideur dans la poitrine ou un manque de souffle. Il pourrait y avoir des modifications au niveau de l’appétit ou au niveau du sommeil. Un suivi médical est important, car certains symptômes au niveau émotif et du corps peuvent indiquer la présence de troubles de santé sous-jacents. On a assez entendu parler des histoires où la doléance fait naître un sentiment de désorientation. On entend parler des gens qui auraient échappé des choses ou même tomber eux-mêmes. On pourrait attribuer de telles expériences au sentiment de ne pas « être eux-mêmes ».

Réaction spirituelle

Nous éprouvons aussi la doléance au niveau spirituel. Notre foi sera renforcée ou remise en question. Dans un sens plus large, nous sommes à la recherche d’un sens profond de notre vis et notre raison d’être. Pour certains, cet aspect spirituel se manifeste lors du décès du proche et par le désir de maintenir un lien avec le défunt, possiblement par les rêves. Il n’est pas rare de trouver des gens qui interprètent les activités dans la nature ou les événements inexplicables comme étant des indices de la présence du défunt.


Les facteurs qui influent sur la doléance

Comme il y a plusieurs éléments qui forment des relations dans notre vie, il en est de même pour les facteurs qui déterminent notre façon de vivre la doléance. En voici quelques-uns :

  • comment nous regardons la vie et la mort en général;
  • comment la mort arrive;
  • quelle influence pensons-nous avoir sur les circonstances de notre vie;
  • nos pertes antérieures et comment nous les avons confrontées dans le passé;
  • la présence des autres facteurs de stress dans nos vies comme le stress au travail, financier ou nos problèmes de santé;
  • quel est notre accès à un réseau de soutien et comment l’utiliser;
  • la nature de la relation que nous entretenions avec celui qui est décédé.

Ce dernier point, la nature de notre relation avec le défunt est un élément important. Dans le cas d’une relation difficile caractérisée par des hauts et des bas ou par des sentiments partagés, des questions non résolues pourraient influer sur notre façon de vivre la doléance. Nous pourrions nous interroger longuement sur notre rôle dans la relation ou avoir des regrets sur les événements. Lorsque la personne endeuillée a été touchée par de l’abus ou l’alcoolisme, ou, si elle n’a pas été reconnue ou acceptée, la doléance peut être compliquée. Dans une telle situation, vous pourriez vous retrouver avec une double perte : la perte du défunt et les sentiments partagés reliés à cette personne; et la perte de la possibilité ou de l’espoir que la situation aurait changé ou résolue. C’est comme une double perte.

Parfois, les circonstances entourant la mort peuvent avoir des répercussions sur la doléance. Une mort subite ou inattendue y ajoute un élément de traumatisme. Ce type de décès nous empêche de dire ou de faire les choses que nous jugeons importantes. Les regrets et le traumatisme peuvent être des facteurs difficiles. La mort qui survient après une longue maladie peut avoir un impact sur la doléance. Vous trouverez peut-être que votre réserve d’énergie est épuisée ou que d’autres aspects de votre vie sont temporairement perturbés. Tout cela nuit à la tâche de résoudre ou d’atténuer la doléance.


Comment faire face à la doléance?

Chacun vit la doléance à sa façon. De plus, nous avons tendance à nous comparer aux autres, ce qui nous rend vulnérables. Nous tendons à pensons à ce que nous devrions faire, ou à la façon de nous comporter : on arrive à de telles pensées suite à nos attentes envers nous-mêmes et à des conseils de la part d’autrui. Ainsi, ces « devraits » prend le peu d’énergie qui nous reste. Votre doléance vous appartient…à vous seul, et vous allez vous rétablir selon la manière qui vous convient!

Votre doléance peut provoquer des émotions différentes qui vont et reviennent régulièrement. Il nous est impossible de prévoir comment nous vivrons notre doléance, et notre vision change lorsque nous jetons un regard rétrospectif sur notre vécu. Il peut nous être bénéfique de parler de nos sentiments à quelqu’un qui est prêt à nous laisser parler. Faire face à la douleur est un processus continu. Parfois, il vous sera utile d’examiner la pensée ou le sentiment de plus près. En effet, les sentiments, comme la colère ou la culpabilité, témoignent de la nécessité d’examiner si minutieusement les sentiments. La colère s’observe fréquemment après le décès. Mis à part la nécessité d’exprimer la colère, nous devons nous appliquer à connaître son origine.

Si vous essayez de surmonter votre colère, ce qui suit pourrait vous aider :

  • Écrivez vos pensées. Écrire peut vous évoquer en vous des émotions qui seraient autrement cachées.
  • Passez à l’action. Il peut s’agir d’écrire des lettres, ou encore d’entreprendre des projets qui ont comme objectif d’aller à la source de votre colère.
  • Faites de l’exercice. L’exercice physique peut vous aider à mieux composer avec votre colère.

La culpabilité est encore un autre visage de la doléance. Parfois nous sommes enterrés par notre culpabilité. Penser à ce que nous aurions dû faire ou à ce que nous aurions pu faire utilise toute notre énergie. Si nous examinons soigneusement nos regrets, nous pouvons décider lesquels nous voulons laisser aller. Nous pardonner est parfois nécessaire, comme il est nécessaire de pardonner aux autres. Cela peut être difficile; vous vous donc peut-être solliciter l’aide d’un professionnel.

Un autre élément fort important de la doléance relève des souvenirs du défunt. Ces souvenirs peuvent être une lame à deux tranchants. Ces souvenirs peuvent être à la fois très pénibles et réconfortants. Puisque ces souvenirs nous lient intimement au défunt, en général ils nous aident à mieux faire face à notre doléance.

Enfin, il est important que vous vous rendiez compte pendant ce processus que nous n’avons pas les mêmes forces physiques et que nous avons des limites au niveau affectif. Lorsque nous vivons un deuil, nous sommes blessés. La doléance peut être épuisante, car nous nous efforçons de trouver un équilibre entre le désir de progresser et le désir de nous donner la permission d’être bien dans notre peau La doléance est un phénomène en perpétuelle évolution; et nous, nous sommes un travail en pleine évolution qui nécessite le respect et l’amour de soi.


Accélérer la doléance

Parfois les personnes bien intentionnées veulent que nous soyons comme nous étions avant le décès d’un ami. Ils veulent que nous nous sentions mieux et libéré de la douleur. Malheureusement, on ne peut forcer le déroulement de la doléance. Afin de nous aider, on pourrait nous dire des telles choses :

« Le défunt n’aimerait pas vous voir pleurer. »
« Soyez positif. »
« Il est temps de l’oublier. »

Si vous souffrez de la doléance, il est fort possible que vous ayez besoin de compassion et non d’encouragements à laisser la doléance en arrière. Parfois il est préférable d’apprendre à vivre avec notre doléance. En fin de compte, la doléance fait partie de notre personnalité.


Les différentes formes de doléance


La doléance attendue

La doléance peut arriver avant ou après le décès. Les personnes atteintes d’une maladie en phase terminale éprouvent souvent ce qu’on appelle la doléance attendue. Cette doléance est, en général, attribuable à la perte d’indépendance ou encore aux changements de rôles au travail ou au sein de la famille. Pour les familles, la doléance attendue nécessite que les membres soient témoins de ces changements et qu’ils y réagissent. Ces membres peuvent voir leur avenir transformé et que leurs vies ne seront jamais les mêmes.

Cette forme de « doléance d’avance » peut être troublante et douloureuse. Souvent, nous ne voulons pas nous plier à nos sentiments de perte. Nous essayons plutôt d’envisager les choses sous un angle favorable. Cependant, les sentiments sont bel et bien présents et, comme telle, la doléance attendue est, en quelques sortes, une tentative de nous préparer à ce que nous allons bientôt vivre.


La doléance étrangère

Une autre forme de doléance est la doléance étrangère ou aliénée. Cela arrive dans les cas suivants :

  • Nous souffrons d’une doléance qui n’est pas ouvertement acceptée ou soutenue sur le plan social. Par exemple, quand le suicide est la cause du décès. Certaines personnes sont incapables d’en parler ouvertement ou de solliciter le soutien nécessaire.

  • Du point de vue de la doléance, la perte n’est peut-être pas jugée importante. La perte d’un ami ou d’un proche n’est pas considérée comme la perte d’un époux ou d’une mère, par exemple. Pourtant, notre doléance est liée dans une plus grande mesure à notre lien avec le défunt plutôt qu’au type de relation que nous entretenions avec lui.

  • La perte elle-même n’est pas reconnue. La perte d’un animal de compagnie en est un exemple. Bien que ce soit une expérience émotionnelle intense, nous hésitons à partager nos sentiments avec des amis. Après tout, un animal n’est pas un être humain.

  • On ne juge pas la personne endeuillée capable d’exprimer son deuil. Au nombre des exemples, on cite les gens qui souffrent de démence, ou encore les jeunes enfants. Même si les deux groupes éprouvent la doléance; il est important de leur donner des occasions d’exprimer leur doléance.

Dans tous ces exemples de doléance étrangère, le même thème revient : un sentiment d’isolement. Une façon de combattre ce type de doléance est d’accepter que vous ne soyez pas « fou » et que ce soit normal d’éprouver ces sentiments. Il peut nous arriver de nous sentir d’autant plus intimidés ou gênés que nous faisons face à des sujets jugés tabous par la société. Mais, n’oubliez pas que votre doléance est parfaitement justifiée. Si on n’accepte pas votre situation et si on ne vous soutient pas en famille ou parmi vos amis, adressez-vous aux services de deuil dans votre région.


Comment pouvons-nous savoir que nous avons besoin d’aide?

Vous pourriez vous demander : « Quels sont les indices que j’ai besoin d’aide? » Comme la doléance est particulière à chacun, les indices ne sont pas nécessairement pareils pour tout le monde. Certes, si vous songez à mettre fin à votre vie, ou si vous vous livrez à des activités malsaines (p. ex., abus de l’alcool), ne tardez pas à obtenir de l’aide professionnelle. Mais en général vos sentiments sont plus subtils que cela. Vous avez peut-être une douleur régulière ou vous vous sentez engouffré face à enjeux personnels qui éveillent en vous des sentiments de colère et de culpabilité. Bien qu’il soit difficile de demander de l’aide quand vous vous sentez accablé et vulnérable, il est important pour vous d’obtenir toute aide nécessaire. Dans notre société, on a tendance à attacher beaucoup d’importance aux forces et à l’indépendance. N’hésitez pas à demander de l’aide quand vous êtes endeuillé. Soyez assuré que ceci n’est pas un signe de faiblesse ou de dépendance. Au contraire, demander de l’aide est un signe que vous voulez vous prendre en main.


Comment aider les autres qui vivent un deuil?

Probablement, la chose la plus importante à faire envers ceux qui souffrent est d’accepter leur situation et leur attitude. Écoutez attentivement quand ils racontent la même chose et les mêmes histoires de façon régulière. Les gens veulent de la compassion et non de la pitié. Ils veulent que nous reconnaissions leurs blessures et leurs difficultés. De plus, les gens ne veulent pas être jugés ni se faire dire ce qu’ils devraient faire. Comme source de soutien moral, nous devons reconnaître qu’il ne nous est pas possible de les libérer de leur doléance. Cependant, il nous est possible de les accompagner dans ce voyage, non seulement dans les premiers jours ou premières semaines qui suivent la perte d’un être cher, mais également pendant les mois et années suivant le décès.

Contenu revu en mai 2010