L’essoufflement
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Qu’est-ce que l’essoufflement?

La dyspnée est le terme médical employé pour décrire l’essoufflement. On la définit comme une prise de conscience déconcertante de sa propre respiration. Les gens souffrant de dyspnée ont l’impression qu’ils n’ont jamais assez d’air. La respiration peut être soit plus rapide ou plus lente qu’à l’ordinaire, et aussi, difficile ou douloureuse.

La dyspnée est plutôt ressentie qu’observée. Habituellement, quand on observe quelqu’un qui respire rapidement ou qui semble y travailler fort, il va déclarer être avare de souffle. Cependant, il y a des moments où les gens semblent respirer confortablement, mais déclarent manquer de souffle. D’autre part, on voit à l’occasion une personne respirer rapidement et avec difficulté sans pour autant être mal à l’aise. La seule façon de savoir si quelqu’un manque de souffle est de lui demander.

Les causes de la dyspnée

Le souffle est contrôlé par le système respiratoire qui prend l’oxygène (O2) requis par le corps et retire le dioxyde de carbone (CO2) qui ne lui est pas nécessaire.

Lorsque nous respirons, un processus s’effectue dans chacun des poumons permettant à l’oxygène de se rendre au circuit sanguin et au dioxyde de carbone d’en sortir pour ensuite être expulsé du corps. Les globules rouges dans le sang apportent ensuite l’oxygène au reste du corps.

Presque tout le monde a déjà été à bout de souffle. Pour certains, les difficultés respiratoires ne se produisent qu’à la suite d’une activité physique (p. ex., marcher ou monter l’escalier). Pour d’autres, la dyspnée se manifeste alors qu’ils parlent, mangent, ou même, lorsqu’ils se reposent.

On peut manquer de souffle pour diverses raisons :

  • La faiblesse générale. La faiblesse globale peut limiter la quantité d’énergie qu’il reste pour exercer l’effort respiratoire.
  • Le blocage. Les tumeurs et l’enflure peuvent entraver le passage de l’air dans la trachée.
  • Les problèmes aux poumons. L’accumulation de liquides, les tumeurs, les infections (pneumonie) ou les effets secondaires de traitements pour le cancer (p. ex., chimiothérapie ou radiothérapie) peuvent nuire au tissu pulmonaire.
  • D’autres problèmes médicaux. Les gens qui ont des antécédents de troubles cardiaques ou pulmonaires (p. ex., emphysème ou asthme) peuvent être davantage ennuyés par la dyspnée.
  • La numération réduite des globules rouges (anémie). Un faible taux d’hémoglobine dans le sang signifie qu’il y a moins de « transporteurs d’oxygène » pour faire circuler l’oxygène partout dans le corps.
  • L’anxiété. Les sentiments d’angoisse peuvent provoquer l’essoufflement, qui peut à son tour accentuer l’anxiété. C’est un cercle vicieux où un symptôme a pour effet d’en aggraver un autre. Voilà pourquoi le traitement de la dyspnée consiste souvent à traiter, entre autres, l’anxiété.

Faire le tri des symptômes

Afin de déterminer les causes de l’essoufflement, l’équipe de soins de santé posera souvent des questions, passera à un examen médical ou cherchera à faire des analyses.

Les questions de l’équipe de soins de santé

Votre équipe de soins de santé posera vraisemblablement plusieurs questions à propos de votre dyspnée afin d’en comprendre les causes possibles pour ensuite décider d’un plan de traitement.

  • Quelle est la gravité de l’essoufflement?
    • Légère, modérée, sévère.
    • Sur une échelle de 0 (aucune) à 10 (extrême), évaluez la sévérité de la dyspnée. On a couramment recours à cette manière de mesurer la dyspnée.
  • Qu’est-ce que vous ressentez? Comment décririez-vous l’essoufflement?
    • Difficulté à respirer
    • On n’arrive pas à reprendre son souffle
    • Sentiment de pesanteur
    • Respiration rapide / lente
    • Resserrement
    • Effrayant
    • Congestionné
    • Douloureux
  • Quand l’essoufflement s’est-il manifesté? Les symptômes ont-il paru soudainement ou graduellement?
  • La dyspnée se manifeste-t-elle lors d’activités physiques ou du repos?
  • Qu’est-ce qui atténue la dyspnée?
    • Certaines positions
    • Repos
    • Se taire
    • Tentatives de se détendre
    • Être en présence de quelqu’un d’autre
    • Certains médicaments
    • L’oxygène
  • Qu’est-ce qui l’aggrave?
    • Certaines positions
    • Mouvements
    • Acte de parler
    • Flexions
    • Sentiments d’angoisse
    • Certains médicaments
    • Certaines activités
  • Avez-vous déjà été essoufflé? Quand? Que s’est-il alors passé?
  • Quels médicaments prenez-vous pour la dyspnée? À quels moments? Depuis combien de temps? Ont-ils causé des effets secondaires?
  • Avez-vous recours à d’autres méthodes pour atténuer l’essoufflement? Exercices de respiration, de détente ou autres?
  • Dans quelle mesure l’essoufflement nuit-il à la vie de tous les jours?
  • Est-ce que l’essoufflement vous empêche de prendre part à des activités régulières?
  • De quels sentiments votre dyspnée s’accompagne-t-elle?

L’examen médical

L’équipe médicale voudra vous faire passer un examen complet afin de mieux comprendre les causes de votre dyspnée. L’examen comprendra l’écoute de votre cœur et de vos poumons à l’aide du stéthoscope.

Les analyses

  • La radiographie pulmonaire peut être effectuée pour détecter des problèmes (aux poumons ou au cœur) qui pourraient être à l’origine de la dyspnée.
  • L’analyse de saturation du sang en oxygène est un test simple qui consiste à placer une pince douce sur le doigt. Après quelques instants, la machine indique le niveau d’oxygène dans le sang. On peut faire pendant le repos ou à la suite d’exercices légers.
  • Les analyses sanguines peuvent être prescrites dans le but de vérifier le niveau d’oxygène dans le sang ou la présence d’anémie (numération réduite des globules rouges).

On peut envisager la possibilité de procéder à d’autres analyses; celles-ci dépendront de l’évaluation de l’équipe de soins de santé et des discussions tenues avec le patient.

Ce qu’on peut faire

Planifiez à l’avance

Parfois, la dyspnée est prévisible. Si certaines activités déclenchent toujours l’essoufflement, faites-en part à l’équipe de soins de santé. En effet, certains médicaments pris préalablement à l’activité peuvent atténuer les symptômes.

Tentez de réduire l’anxiété et le stress

Une ambiance tendue ou inquiétante peut aggraver considérablement la dyspnée. Dans plusieurs cas, quand l’anxiété s’aggrave, l’essoufflement s’ensuit. Il convient de discuter des sentiments d’angoisse avec l’équipe de soins de santé afin de déterminer quels moyens de prévention et de traitement s’offrent au patient. Certains trouvent que les médicaments destinés à réduire le stress sont utiles tandis que d’autres préfèrent les techniques de respiration et de détente. Peu importe la solution choisie, l’équipe de soins de santé devrait faire partie intégrante du plan de traitement.

Quelques-uns des conseils suivants pourraient vous être utiles pour réduire l’anxiété et même améliorer la respiration.

  • Tentez de vous asseoir tout droit au lit en plaçant des oreillers sous les bras ainsi que derrière le dos et la tête. Gardez la tête et la partie supérieure du corps en position verticale; cette position semble améliorer la respiration. Dans un lit d’hôpital, redressez partiellement le lit. À la maison, assoyez-vous dans un fauteuil réglable doté d’un repose-pieds rabattable.
  • Ouvrez une fenêtre pour laisser entrer l’air frais ou placez à proximité un ventilateur marchant à basse vitesse.
  • S’il y a obstruction dans un poumon, couchez-vous sur ce côté-là; en effet, cette position favorisera la circulation d’air dans l’autre poumon.
  • Réduisez l’activité physique à l’essentiel et faites en sorte que l’activité soit ponctuée de moments de repos.
  • Le fait de prendre des médicaments (tels les opioïdes) avant une activité peut être bénéfique. Demandez conseil à un professionnel des soins de santé quant au meilleur moment de les prendre.
  • Tentez d’éviter toute activité physique qui risque d’exacerber la dyspnée (p. ex., prendre l’escalier, se pencher). Tirez vos bas et mettez vos souliers quand vos êtes assis.
  • Gardez les pièces fraîches en réduisant l’humidité des environs.
  • Changez la literie plus souvent si elle est humectée de transpiration.
  • Utilisez de la pommade pour les lèvres et si vous avez la bouche sèche, rincez-la à l’eau.
  • Évitez la fumée de cigarettes. Ne fumez jamais et n’allumez jamais une allumette dans une pièce où l’on donne de l’oxygène car cela présente un grand risque de feu.
  • Évitez les allergènes qui peuvent aggraver l’essoufflement.

Explorez des techniques de détente

Puisque l’anxiété a souvent pour effet d’aggraver la dyspnée, ces techniques se veulent un moyen de vous calmer et de vous décontracter. Si certaines de ces techniques vous causent davantage de stress, il vous est conseillé de vous en abstenir.

  • Les exercices de respiration
    Inspirez par le nez et expirez par la bouche tout comme si vous faisiez des bulles à travers une paille. Le fait de consacrer toute votre attention à la respiration peut soulager la dyspnée.

      
  • La distraction
    Parfois, le fait de regarder la télé ou d’écouter la radio peut détourner l’attention du patient de sa dyspnée.

     
  • La visualisation
    La visualisation ressemble à une rêverie intentionnelle en ce sens qu’elle aide à réduire le stress et l’angoisse. Il s’agit d’imaginer une scène paisible pour ensuite porter votre attention aux images calmes et apaisantes qu’invoque cette scène.

     
  • La relaxation musculaire progressive
    Cette technique consiste à serrer et à desserrer les muscles partout dans le corps. En commençant par les pieds, on y contracte et détend les muscles. Par la suite, on remonte tranquillement le corps. Détendre le corps permet de détendre l’esprit.

     
  • Le massage
    Le massage peut être très apaisant pour certains. À l’aide de la main nue, les muscles peuvent être caressés, frôlés et frottés en mouvements circulaires. Le massage détend les muscles et stimule la circulation sanguine à l’endroit touché. 

Tuyau : Qu’importe le traitement choisi pour la dyspnée, l’équipe de soins doit de santé se fier aux réactions du patient afin d’en évaluer l’efficacité. La description même du patient quant à son essoufflement est plus fiable que les signes observés pour suggérer que le patient éprouve de la difficulté à respirer.

Une note aux membres de la famille

Il n’est pas toujours facile de savoir si quelqu’un est avare de souffle, car la dyspnée est plutôt ressentie qu’observable.

Habituellement, une personne qui respire vite ou qui semble éprouver de la difficulté à respirer va déclarer être à bout de souffle. Cependant, il y a des moments où les gens ressentent un manque de souffle malgré le fait qu’ils respirent confortablement. D’autre part, il arrive que les gens respirent rapidement et se sentent très bien.

La meilleure façon de savoir si quelqu’un est à bout de souffle est de lui demander.

Si vous prenez soin d’une personne qui manque de souffle, tentez de la rassurer. Votre calme pourrait mener à l’amélioration de sa respiration. Dans la mesure du possible, évitez les sujets épineux.

Les préoccupations à propos de la somnolence

Songez à parler à l’équipe médicale si vous êtes inquiets quant au niveau de somnolence chez le patient. Les membres de la famille doivent aussi être au courant des discussions (ou encore y participer) au sujet de l’importance d’équilibrer les médicaments prescrits pour traiter la dyspnée sans pour autant accroître leur effet sédatif. La somnolence et la dyspnée peuvent être toutes les deux stressantes pour la famille.

La somnolence peut aussi découler du déclin de l’état de santé du patient. Le travail requis par le corps pour respirer peut avoir un effet direct sur le niveau d’éveil du patient.

Les fluctuations de la respiration à l’approche de la mort

Des fluctuations précises de la respiration s’observent souvent aux dernières heures (ou jours) de la vie. Ces fluctuations ne signifient pas forcément que le mourant est à bout de souffle.
Voir aussi: Quand la fin est proche

Ce que peut faire l’équipe en soins de santé

Si le manque de souffle est source de détresse, la première priorité est de traiter la sensation d’être affamé d’air. Ce faisant, l’équipe de soins de santé voudra peut-être recherche les causes du problème.

Parfois la cause de la dyspnée n’est pas traitée. En effet, il se peut que le traitement ne soit pas possible ou que vous, vous et votre équipe de soins de santé, soyez d’avis que les analyses ou le traitement seraient trop pénibles ou difficiles.

Heureusement, même si la cause de la dyspnée n’est pas traitée, il y a plusieurs façons de traiter le manque de souffle même dans le contexte des soins palliatifs.

Voici les principaux traitements :

  • médicaments
  • oxygène
  • changements de mode de vie.

Traiter le manque de souffle à l’aide d’opioïdes

Les opioïdes sont un groupement de médicaments qui englobent entre autres :

  • la codéine
  • la morphine
  • l’hydromorphone
  • le fentanyl
  • l’oxycodone
  • la méthadone.

Ces médicaments ne présentent aucun danger lorsqu’ils sont administrés sous la surveillance d’un professionnel des soins de santé avec beaucoup d’expérience.

Souvent, les gens qui ont la dyspnée prennent déjà des opioïdes pour gérer la douleur. Dans de tels cas, il peut suffire d’augmenter la dose d’opioïdes chez le patient afin d’atténuer la sensation d’être avare d’air.

Personne ne sait exactement comment les opioïdes arrivent à contrôler le manque de souffle, mais ces médicaments rendent la respiration des patients plus confortable. On note, parmi les professionnels des soins de santé, qu’il circule l’idée fausse fort répandue que les opioïdes ne devraient jamais être administrés pour traiter la dyspnée de peur de réduire la respiration. Cependant, il existe suffisamment de preuves pour conclure que la modification judicieuse de la dose d’opioïdes, telle la morphine pour la détresse respiratoire, ne présente aucun danger.

Pour plus de renseignements sur les opioïdes, voir la section intitulée La douleur.

Traiter la dyspnée à l’aide d’autres médicaments

Quand la dyspnée est de gravité moyenne à sévère ou que le patient est très anxieux quant à son manque de souffle, on peut avoir recours à d’autres médicaments de concert avec les opioïdes :

  • Des médicaments servant à atténuer l’anxiété, y compris le lorazepam (Ativan®), le midazolam ou le diazépam. Parmi les effets secondaires possibles de ces médicaments, soulignons la somnolence et la confusion, notamment chez les personnes frêles ou âgées.
  • Des médicaments destinés à traiter l’agitation, tels la chlorpromazine (Largactil® et autres) et la lévomépromazine (Nozinan®). Au nombre des effets secondaires de ces médicaments, on note la somnolence, une baisse de la tension artérielle, les tremblements et la rigidité musculaire semblables à ceux des gens atteints de la maladie de Parkinson.

Il ne faut pas perdre de vue que si l’on vise à traiter les causes sous-jacentes de la dyspnée, d’autres médicaments pourraient alors s’imposer. Par exemple, on pourrait prescrire des médicaments pour traiter une infection ou des troubles pulmonaires ou cardiaques chroniques.

Traiter la dyspnée à l’aide de l’oxygène

L’oxygène peut être recommandé pour le patient recevant des soins palliatifs qui est à bout de souffle, surtout si les analyses révèlent une faible teneur en oxygène du sang.

L’oxygène administré à l’aide d’un masque à oxygène ou de pinces nasales (petits tubes de plastique placés dans le nez) peut soulager la sensation d’être avare d’air. Le masque transporte de l’oxygène par le nez et la bouche, mais certaines personnes ressentent alors une claustrophobie et sont plus inquiètes de leur respiration. Dans plusieurs cas, les pinces nasales conviennent bien à la situation. Même si le patient ne semble respirer que par la bouche, ces tubes sont efficaces car l’oxygène véhiculé par les pinces est aspiré jusqu’aux poumons.

À domicile, l’oxygène peut être administré à l’aide d’un réservoir d’oxygène portatif ou d’un appareil qui condense l’oxygène tiré de l’air.

Attention : L’oxygène et la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO)

Par la BPCO on désigne un ensemble de maladies pulmonaires qui regroupent, entre autres, l’emphysème et l’asthme chronique. Pour la plupart d’entre nous, la respiration est provoquée lorsque notre corps décèle une augmentation de dioxyde de carbone dans le sang. Pour certaines personnes atteintes de BPCO, la respiration est déclenchée par de faibles niveaux d’oxygène.

Si une personne souffrant d’une BPCO reçoit de fortes concentrations d’oxygène, son corps ne se mettra peut-être pas à respirer car une quantité importante d’oxygène s’y trouve déjà. La personne respirera possiblement à un rythme inférieur à ce qu’il lui est nécessaire, ce qui peut s’avérer très dangereux.

Dans de telles situations, l’oxygène est administré en faibles doses et augmenté en fonction du seuil de tolérance du corps. On peut aussi recourir à un masque spécialisé pour administrer des quantités d’oxygène plus exactes que celles que l’on obtiendrait au moyen des attaches nasales.

Contenu revu en juin 2008